Étude — Le comportement des actifs par régime macroéconomique (1871-2026)
Cap Nord affirme qu'on peut lire les actifs par régime macro. Une affirmation pareille se teste. Voici l'étude : la question posée, les hypothèses formulées avant de calculer, les données et leurs licences, la méthode complète, les résultats — y compris ceux qui nuancent — et les limites.
1. Question et hypothèses
Question de recherche : le régime macroéconomique d'une économie — sa position sur les axes croissance et inflation — discrimine-t-il le comportement des classes d'actifs de manière mesurable, stable dans le temps, et valable au-delà des États-Unis ?
Quatre hypothèses, formulées avant calcul, chacune réfutable :
- H1 — Les statistiques de rendement conditionnées au régime diffèrent significativement d'un quadrant à l'autre (sinon la grille n'a aucun contenu).
- H2 — L'axe inflation domine : les pires régimes d'un pays sont les quadrants d'inflation haute.
- H3 — Hors États-Unis, la pénalité des régimes inflationnistes passe principalement par la devise, pas par le marché local.
- H4 — Les écarts entre pays s'expliquent par la composition sectorielle de leurs indices, pas par une défaillance de la grille.
Position d'une économie sur deux axes binaires : croissance au-dessus/en dessous de sa tendance, inflation au-dessus/en dessous de la sienne. Quatre états : expansion désinflationniste (« goldilocks »), surchauffe, stagflation, ralentissement désinflationniste.
2. Données et sources
Deux familles, jamais mélangées dans une même statistique, chacune avec sa profondeur et son statut :
| Donnée | Profondeur | Nature | Source |
|---|---|---|---|
| Actions US (total return) | 1871 | académique | Robert Shiller (Yale) |
| 10 secteurs US (TR, value-weighted) | 1926 | académique | Kenneth R. French (Dartmouth) |
| Taux T-bill 3 mois US | 1934 | domaine public | Federal Reserve (H.15) |
| Pétrole brut WTI | 1946 | domaine public | U.S. EIA |
| Taux souverain 10 ans US | 1962 | domaine public | U.S. Treasury |
| Inflation US — CPI (déflateur) | 1947 | domaine public | U.S. BLS |
| Cours de l'or USD | effectif 1960+ | série d'étude | calculs Cap Nord |
| Bitcoin USD | 2010 | données ouvertes | Blockchain.com |
| Prix immobiliers résidentiels (réels) | 1971, 53 pays | pipeline interne | Cap Nord |
| NAV d'ETF UCITS (par classe et par pays) | 2002-2011 | pipeline interne | Cap Nord |
| Taux souverains 10 ans, FX, macro (par pays) | variable | pipeline interne | Cap Nord |
Règle de licence appliquée partout : aucune série tierce n'est reproduite ni affichée — seules les statistiques que nous en dérivons apparaissent, avec attribution. Les sources dont les conditions interdisent l'usage analytique commercial sont exclues de tout ce qui est publié.
3. Méthode
Classification des régimes. Chaque mois, chaque économie est classée par la règle « signe contre tendance » : un indicateur est « haut » si sa valeur est supérieure ou égale à sa moyenne mobile, « bas » sinon. Deux bases indépendantes :
- institutionnelle : croissance et inflation macro (glissement annuel) contre leur moyenne mobile 5 ans — États-Unis couverts depuis 1960 ;
- marché : deux ratios de prix (actions/pétrole pour la croissance, or/obligations souveraines du pays pour la qualité de la monnaie), contre leur moyenne mobile 7 ans — environ 47 pays, depuis 2018.
Conditionnement. Les rendements mensuels de chaque actif sont regroupés selon le régime du mois. Tout est exprimé en dollars : le mouvement de change fait partie du comportement d'un actif vu de l'extérieur (testé explicitement en H3). Les classes à données annuelles (immobilier physique) sont traitées en fréquence annuelle, séparément, jamais mélangées au classement mensuel.
Nominal et réel. Chaque statistique existe en deux versions : nominale (dollars courants) et réelle — rendements déflatés par l'inflation américaine (CPI) pour la matrice, et par l'inflation du pays pour le test multi-pays. Le réel est la lecture en pouvoir d'achat ; c'est elle qui lève l'illusion monétaire des régimes inflationnistes. Les deux versions sont disponibles dans la matrice interactive (sélecteur Nominal/Réel).
Indicateurs. Par cellule actif × régime : rendement annualisé géométrique, volatilité annualisée, ratio de Sharpe (taux sans risque = T-bill 3 mois), Sortino, Calmar, Omega, indice d'Ulcer, VaR/CVaR 95 %, taux de mois positifs, meilleur/pire mois, asymétrie, kurtosis. Le max drawdown est calculé sur le pire épisode contigu d'un régime — jamais en recollant des sous-périodes d'époques différentes, ce qui fabriquerait des pertes fictives.
Honnêteté statistique. Chaque cellule porte sa taille d'échantillon : sous 24 mois (10 ans en fréquence annuelle), elle est marquée insuffisante ; rien n'est jamais imputé, une case vide affiche « non observé ». Quatre séries pays ont été exclues après détection d'anomalies de données (ruptures de base non liées au marché).
Décompositions. H3 est testée en séparant chaque rendement en dollars en deux composantes : marché local (devise du pays) et change. H4 est testée en croisant les poids sectoriels du fonds indiciel de chaque pays avec la matrice sectorielle américaine, pour produire un comportement « prédit par la composition », comparé à l'observé.
4. Résultats — États-Unis (le laboratoire profond)
H1 est largement confirmée : aucune classe n'a le même profil d'un quadrant à l'autre. Résultats structurants :
- L'or est l'actif de stagflation (+12,8 %/an sur 332 mois) et ne rend presque rien en expansion désinflationniste (+1,7 %) — le profil canonique, mesuré sur 66 ans.
- Validation croisée des secteurs : les services aux collectivités sont positifs en stagflation dans les données académiques 1926+ (+9,8 %) comme dans les fonds 2009+ (+10,5 %). Deux sources indépendantes, même verdict.
- Les obligations longues rendent +7,3 % nominal par an sur 352 mois de stagflation depuis 1962 (le portage des années 1970-80), alors que l'épisode 2022 seul est brutalement négatif — l'illustration du biais de fenêtre.
- Le bitcoin (depuis 2010) se comporte en amplificateur de régime : explosif dans les phases de croissance, pire épisode à -72 % en stagflation.
- La surchauffe est le meilleur régime des actions américaines récentes (+20,9 %/an sur 116 mois) — retenez ce point pour la section 5.
En termes réels, le verdict se durcit. Déflatées par le CPI américain, les actions en stagflation passent de +3,9 % nominal à -0,4 % réel ; le cash de +4,7 % à +0,4 % ; les obligations de +7,3 % à +2,9 % — le « portage » nominal des années 1970 était en grande partie une illusion monétaire. Seul l'or reste nettement positif en pouvoir d'achat (+8,0 % réel par an en stagflation).
5. Résultats — le test sur 47 pays
Chaque pays est conditionné par son propre régime, avec ses propres actions (fonds indiciel national) et ses propres obligations souveraines.
H2 (axe inflation) : confirmée.
| Test | Actions | Obligations |
|---|---|---|
| Pire régime ∈ — base longue | 93 % des pays | 82 % |
| Stagflation = pire régime — signal marché | 89 % | 96 % |
La nuance importe : « stagflation = pire » n'est vrai qu'à ~56 % sur la base longue — c'est la paire inflationniste qui est toxique, l'ordre entre les deux variant d'un pays à l'autre.
H3 (canal devise) : confirmée. Médianes par jambe, base longue, actions :
| Régime | Marché local | Change | USD |
|---|---|---|---|
| Goldilocks | +13,4 % | +0,2 % | +12,7 % |
| Surchauffe | +4,9 % | -2,2 % | +0,9 % |
| Stagflation | +1,7 % | -0,9 % | -0,6 % |
Le marché local nominal résiste à peu près partout ; c'est la devise qui transforme un rendement médiocre en rendement négatif. Sur le signal de marché (2018+), l'effet est plus violent : -4 %/an de change en stagflation, et les obligations y subissent une double peine — taux locaux et devise : -9,9 %/an en dollars, pire épisode médian -36 %.
H4 (composition sectorielle) : confirmée pour la structure. La corrélation prédit/observé atteint +0,68 (rang) sur le signal de marché — et les trois pays qui traversent le mieux la stagflation (Royaume-Uni, Thaïlande, Brésil) portent 37 à 40 % d'énergie et de valeurs défensives, exactement les secteurs résilients de la matrice américaine. En revanche, au sein d'un même régime, le classement fin entre pays n'est pas sectoriel (change et idiosyncrasies dominent) : H4 vaut pour la structure inter-régimes, pas pour la sélection.
L'exception américaine. La surchauffe, meilleur régime actions aux États-Unis (+20,9 %), est un des pires en médiane mondiale (+0,9 %). Lecture cohérente avec H3 : quand l'inflation américaine monte, le dollar ne subit pas la sanction que subissent les autres devises — privilège de la monnaie de réserve. Le mécanisme se transporte ; l'ampleur et la hiérarchie fine ne se transportent pas.
En réel, même direction. Déflatés par l'inflation de chaque pays, les rendements confirment la structure : expansion désinflationniste +10,3 % réel (actions, médiane) contre +0,9 à +2,5 % dans la paire inflationniste ; pour les obligations, le pire régime reste un quadrant d'inflation haute dans 88 % des pays, et la stagflation du signal de marché tombe à -11,9 % réel par an. Sur ces fenêtres récentes, la séparation réelle est nette pour les obligations et plus bruitée pour les actions — la profondeur manque encore à beaucoup de pays, et c'est affiché.
Immobilier physique (53 pays, 1971+, prix réels, fréquence annuelle — classe traitée à part) : +2,8 à +3,2 % réel par an dans les régimes de croissance, +0,6 % seulement en stagflation. L'immobilier tient nominalement ; il s'érode réellement quand l'inflation s'emballe.
6. Limites et menaces à la validité
- Fenêtre du signal marché : 2018+, donc largement un seul grand épisode (2022) vécu par tous les pays en même temps — la concordance y mélange synchronisation et expériences indépendantes.
- Rendements locaux nominaux : en stagflation, l'inflation locale gonfle le nominal ; en termes réels, les marchés locaux font moins bien qu'affiché.
- Échantillons par quadrant parfois courts ; affichés, jamais complétés. Les quadrants rares (slump sur signal marché) restent vides.
- Approximations assumées : total return obligataire reconstruit depuis les taux ; industries académiques ≈ secteurs modernes (définitions différentes) ; poids sectoriels actuels appliqués au passé ; fonds en NAV nette de frais.
- Aucune causalité revendiquée : l'étude décrit des comportements historiques conditionnels, elle ne prédit rien.
Risques
Performance
Volatilité
Max drawdown
Cette étude est descriptive et pédagogique. Un régime futur peut différer des précédents ; la combinaison actuelle des régimes peut n'avoir jamais été observée. Aucun chiffre de cette étude ne constitue une recommandation d'investissement, une notation ou une promesse de performance.
7. Conclusion
- H1 confirmée : les quadrants discriminent réellement les comportements — aux États-Unis depuis 1871 selon les séries, et dans la grande majorité des 47 pays testés.
- H2 confirmée et précisée : le pire régime d'un pays est presque toujours un quadrant d'inflation haute (93 % actions, 82 % obligations) ; lequel des deux varie localement.
- H3 confirmée : hors États-Unis, la sanction inflationniste passe d'abord par la devise. La monnaie de réserve américaine est l'exception qui confirme le mécanisme.
- H4 confirmée pour la structure : les exceptions nationales s'expliquent par la composition sectorielle des indices, pas par une défaillance de la grille.
- Tout chiffre affiché porte sa taille d'échantillon ; sous le seuil, il est marqué insuffisant — jamais masqué, jamais inventé.
La conséquence produit est directe : l'étude américaine sert de grammaire de lecture (profondeur maximale), et le verdict de chaque pays est calculé localement, dans sa devise et avec son propre régime — jamais plaqué depuis le cas américain.
Position vis-à-vis des cadres existants — vérificateur, pas disciple. Cette étude n'invente pas la lecture par régimes : Charles Gave lit les quadrants dans les prix de marché depuis des décennies, Ray Dalio en a fait le fondement d'une allocation équilibrée. Elle s'y rapporte autrement. Le signal de Gave discrimine effectivement — c'est précisément lui que la base de marché met à l'épreuve sur 47 pays (89 à 96 % de concordance) — et son intuition centrale, la qualité de la monnaie comme axe dominant, se retrouve jusque dans la décomposition de change : c'est la devise qui porte la sanction des régimes inflationnistes, un canal qui présuppose des changes flottants et appartient donc, par construction, au monde postérieur à 1971. La conséquence de Dalio — équilibrer par régime plutôt que prédire — sort renforcée de nos propres chiffres : les régimes discriminent fortement, et l'ordre fin est trop instable d'un pays et d'une époque à l'autre pour être prédit. Mais l'étude apporte ce que les cadres ne donnaient pas : la quantification, la couverture multi-pays, et les conditions de validité — après 1971, hors monnaie de réserve, à composition sectorielle donnée. Les croire n'était pas nécessaire ; les tester l'était.
Séries publiques : U.S. Department of the Treasury, Federal Reserve (H.15), U.S. Bureau of Labor Statistics (CPI), U.S. Energy Information Administration. Données académiques : Robert Shiller (Yale, actions américaines depuis 1871), Kenneth R. French (Dartmouth, portefeuilles d'industries depuis 1926). Bitcoin : Blockchain.com. Cours de l'or, valeurs liquidatives d'ETF UCITS, taux souverains, changes et prix immobiliers : Cap Nord / pipeline interne. Tous les chiffres de cette étude sont des statistiques dérivées calculées par Cap Nord (rendements mensuels — annuels pour l'immobilier — conditionnés au régime, en USD) ; aucune série brute tierce n'est reproduite. La matrice interactive complète, avec taille d'échantillon et statut de robustesse par cellule, est disponible dans l'application (« Actifs par régime »).