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Pourquoi 4 % de retrait peut détruire un portefeuille

Retirer 4 % par an paraît prudent. Mais l'ordre des rendements décide plus que le taux — et ce chiffre décrit un seul pays : sur seize marchés, onze passent sous 3 %. Descriptif.

2026-04-08· Mis à jour 2026-07-31

Pourquoi 4 % de retrait peut détruire un portefeuille

L'essentiel

Retirer 4 % par an semble prudent. Pourtant, selon le contexte, ce niveau peut suffire à épuiser un capital. Ce qui décide, ce n'est pas le taux seul — c'est l'ordre dans lequel arrivent les bonnes et les mauvaises années.

Une règle plus fragile qu'elle n'en a l'air

La règle est connue : on retire 4 % du capital chaque année, et le portefeuille est censé tenir. Elle suppose un marché à peu près régulier. Le marché, lui, ne l'est pas — et c'est là que la règle se fissure.

Le vrai coupable : la séquence

Risque de séquence

L'effet de l'ordre des rendements sur un portefeuille dont on retire de l'argent. À rendement moyen identique, subir les mauvaises années au début ou à la fin ne donne pas du tout le même résultat.

Deux retraités avec la même performance moyenne sur trente ans peuvent finir l'un à l'aise, l'autre ruiné — pour la seule raison que l'un a essuyé sa crise tôt et l'autre tard. Une baisse en début de retrait frappe deux fois : le marché chute et l'on prélève dessus, si bien que le capital entamé n'a plus de quoi rebondir quand le marché repart. L'effet composé, cassé au mauvais moment, ne se recolle pas.

Et surtout : cette règle est américaine

L'origine de la règle n'est pas un modèle, c'est un rejeu de l'histoire : on a fait tourner un portefeuille sur toutes les périodes de trente ans du marché américain et retenu le taux qui aurait survécu à la pire d'entre elles. Le chiffre obtenu — un peu plus de 4 % — décrit donc un pays et un siècle, pas une loi générale.

Refaite sur seize pays et cent cinquante ans, la mesure donne autre chose. Le taux qui aurait survécu à la pire séquence de trente ans, portefeuille 60/40, retrait indexé sur l'inflation locale :

Taux qui aurait tenu dans le pire cas
États-Unis3,75 %
Danemark3,69 %
Royaume-Uni2,93 %
Italie1,06 %
Allemagne0,49 %
France0,32 %
Japon0,15 %

Onze pays sur seize passent sous les 3 %. L'écart ne vient pas d'une finance française structurellement moins généreuse : il vient de ce que ces pays ont traversé — deux guerres mondiales sur leur sol, des destructions de capital, des épisodes d'inflation que les États-Unis n'ont pas connus. Ce sont des séquences réelles, pas des scénarios inventés.

La lecture n'est donc pas « un Français ne peut retirer que 0,32 % ». Elle est plus simple et plus dérangeante : le 4 % américain est le pire cas d'un pays chanceux, et l'importer tel quel revient à emprunter l'histoire de quelqu'un d'autre.

Comment ce taux se calcule

La méthode ne fait aucune hypothèse de rendement futur. Pour chaque année de départ possible, on fait tourner le portefeuille sur les trente années qui ont réellement suivi, en prélevant le même montant réel chaque année. On cherche par tâtonnement le taux le plus élevé qui n'aurait pas épuisé le capital. Puis, sur toutes les années de départ, on retient le pire résultat. C'est ce minimum qu'on appelle le taux « sûr » — et sa fragilité tient à sa définition même : il est décidé par deux ou trois séquences historiques, pas par une moyenne.

Deux variantes changent le chiffre plus que le choix du portefeuille.

L'horizon. Mesuré sur les États-Unis avec un 60/40 : 4,52 % sur vingt ans, 3,65 % sur trente, 3,38 % sur quarante. Retirer pendant plus longtemps coûte, sans surprise — mais l'écart entre vingt et quarante ans est plus faible qu'on ne l'imagine, parce que le pire cas est déjà contenu dans les premières années. Ces chiffres proviennent d'une série américaine mensuelle commençant en 1962, d'où l'écart de quelques centièmes avec les 3,75 % du tableau international, calculés eux sur des données annuelles remontant au XIXe siècle. Deux sources, deux fenêtres, même méthode.

Ce qu'on veut laisser. Le taux « sûr » autorise à finir à zéro. Si l'on exige au contraire que le capital reste intact en pouvoir d'achat à l'arrivée, le même portefeuille descend de 3,69 % à 2,40 %. Ces cent trente points de base sont le prix de la transmission — et c'est une question de préférence, pas de technique.

Moins retirer change beaucoup

Le taux de retrait joue, et pas de façon proportionnelle : descendre de 4 à 3 puis 2 % n'améliore pas la robustesse d'un cran à chaque fois, mais bien plus. Un capital sur lequel on prélève moins encaisse les mauvaises passes sans se vider — il laisse le temps au marché de faire son travail.

À retenir

À retenir
  • Le risque de séquence — l'ordre des rendements — est le facteur central en phase de retrait.
  • 4 % n'est pas une garantie universelle : une crise en début de retraite peut compromettre le capital.
  • Le chiffre est américain : sur seize pays, onze passent sous 3 % dans leur pire séquence de trente ans.
  • Une baisse plus un prélèvement se cumulent, et le capital entamé ne rebondit plus.
  • Retirer moins renforce la robustesse de façon non linéaire.

Pour aller plus loin

Simuler la croissance d'un capital

Analyse issue de simulations déterministes de flux et de capitalisation ; les résultats dépendent des hypothèses de rendement et de leur ordre.

Tous les taux cités sont mesurés, pas illustratifs.

Donnée. Base historique Jordà-Schularick-Taylor : 16 pays, 1870-2020, rendements actions et obligations et indice des prix locaux. Pour les variantes d'horizon et de transmission : séries longues américaines, 1962-2023.

Méthode. Portefeuille 60/40 rééquilibré, retrait annuel prélevé en début d'année et indexé sur l'inflation locale, horizon 30 ans sauf mention contraire. Pour chaque année de départ, recherche par dichotomie du taux qui épuise exactement le capital ; le taux publié est le minimum sur toutes les années de départ. Variante « capital intact » : même calcul, mais la valeur finale déflatée doit rester supérieure au capital de départ.

Références. William Bengen, Determining Withdrawal Rates Using Historical Data, Journal of Financial Planning, 1994 — origine de la règle, taux de 4,15 % obtenu sur le pire départ, 1966. Cooley, Hubbard et Walz, Trinity Study, 1998. Wade Pfau, An International Perspective on Safe Withdrawal Rates, Journal of Financial Planning, 2010 — taux sous 3 % dans 10 pays sur 19. Michael Kitces, sur les limites du taux de réussite comme indicateur.

Contrôles. Notre calcul retrouve le taux de Bengen à un demi-point près et le même pire départ (1965-1966), l'écart s'expliquant par une fenêtre obligataire commençant en 1962. Il retrouve également le patron international de Pfau : 11 pays sur 16 sous 3 %, France incluse.

Descriptif — pas un conseil en investissement.

Informations à titre informatif — pas un conseil en investissement.

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