Le même portefeuille, trente-deux fiscalités : ce que l'impôt vous laisse en Europe
Prenez un seul portefeuille, une seule performance brute. Faites-le vivre trente ans. Puis changez une seule chose : le pays où vous êtes imposé. Le net réel que vous gardez varie du simple au double — de 4,5 %/an là où les plus-values long terme échappent à l'impôt, à 2,2 %/an là où le régime prélève le plus. Cette page décrit cette carte, pays par pays, sans la juger. Descriptif, pas un conseil : ni un pays, ni une enveloppe ne vous est recommandé.
1. La règle du jeu
Comparer des fiscalités entre elles n'a de sens qu'à tout le reste égal. On fixe donc une seule stratégie de référence, la même performance brute pour tous, et on ne fait varier que l'impôt du pays. La stratégie retenue est un portefeuille Talmud — un tiers d'actions, un tiers d'or, un tiers de cash, rééquilibré chaque année. Public, simple, et surtout il tourne : ce rééquilibrage annuel déclenche des ventes, donc de l'impôt. C'est exactement là que les régimes se séparent.
Le rendement mesuré est le réel net d'impôt, en pouvoir d'achat, sur la période 2005+, avec le même moteur de calcul figé que le reste de Cap Nord. Une précision décide de tout :
Deux façons de compter l'impôt. « Sans latent » ne taxe que ce que vous avez déjà vendu. « Avec latent » charge en plus l'impôt qui dormirait sur les plus-values non encore réalisées, comme si vous liquidiez à l'horizon. C'est la seule mesure équitable entre un régime qui vous fait payer à chaque arbitrage et un régime qui reporte tout à la fin : sinon, reporter l'impôt ressemblerait à ne jamais le payer. Tous les chiffres de cette page sont avec latent.
Pour chaque pays, deux colonnes : le compte-titres nu (le véhicule ordinaire, sans régime de faveur) et la meilleure enveloppe accessible aux ETF dans ce pays (celle qui laisse le plus, à stratégie égale). Les enveloppes de retraite, bloquées jusqu'à la pension, ne figurent pas dans la comparaison.
2. Ce que l'impôt laisse, pays par pays
Lecture : à performance brute identique, voici le réel net qui reste. Un chiffre en gras dans la colonne enveloppe signale un pays où une enveloppe dédiée rattrape une partie de l'impôt ; le gain sur le compte-titres nu est indiqué entre parenthèses. Un tiret signale qu'il n'existe pas d'enveloppe plus favorable que le compte-titres ordinaire.
| Pays | Compte-titres nu | Meilleure enveloppe | Enveloppe optimale |
|---|---|---|---|
| Bulgarie | 4,51 % | 4,51 % | — |
| Chypre | 4,51 % | 4,51 % | — |
| Croatie | 4,51 % | 4,51 % | — |
| Grèce | 4,51 % | 4,51 % | — |
| Hongrie | 3,08 % | 4,51 % (+1,43) | TBSZ (>5 ans) |
| Luxembourg | 4,51 % | 4,51 % | — |
| Malte | 4,51 % | 4,51 % | — |
| Royaume-Uni | 3,29 % | 4,51 % (+1,22) | ISA |
| Slovaquie | 4,51 % | 4,51 % | — |
| Tchéquie | 4,51 % | 4,51 % | — |
| Roumanie | 4,36 % | 4,36 % | — |
| Liechtenstein | 4,10 % | 4,10 % | — |
| Belgique | 4,02 % | 4,02 % | — |
| Suisse | 3,99 % | 3,99 % | — |
| Estonie | 3,40 % | 3,83 % (+0,43) | Investeerimiskonto |
| Lituanie | 3,76 % | 3,76 % | — |
| Lettonie | 3,21 % | 3,71 % (+0,50) | Ieguldījumu konts |
| Allemagne | 3,58 % | 3,58 % | — |
| Pologne | 3,55 % | 3,55 % | — |
| Espagne | 3,45 % | 3,45 % | — |
| Suède | 2,97 % | 3,41 % (+0,44) | ISK |
| Islande | 3,40 % | 3,40 % | — |
| France | 2,89 % | 3,37 % (+0,47) | Assurance-vie |
| Danemark | 2,30 % | 3,33 % (+1,03) | Aktiesparekonto (ASK) |
| Slovénie | 3,24 % | 3,24 % | — |
| Autriche | 3,11 % | 3,11 % | — |
| Portugal | 3,08 % | 3,08 % | — |
| Italie | 2,98 % | 2,98 % | — |
| Finlande | 2,97 % | 2,97 % | — |
| Norvège | 1,93 % | 2,66 % (+0,73) | Aksjesparekonto (ASK) |
| Pays-Bas | 2,29 % | 2,29 % | — |
| Irlande | 2,21 % | 2,21 % | — |
Le plafond, 4,51 %/an, n'est pas un choix de portefeuille : c'est simplement ce que le Talmud a rendu en réel, avant tout impôt sur les plus-values. Les pays de tête n'ajoutent rien à ce plafond — ils se contentent de ne rien prélever sur les gains de long terme. Tout le reste du tableau mesure la distance à cette ligne.
3. Trois familles, pas trente-deux cas
Derrière les chiffres, trois régimes structurent l'Europe.
Ils ne touchent pas les plus-values de long terme. Grèce, Chypre, Bulgarie, Malte, Luxembourg — et sous condition de durée de détention, Tchéquie (plus de trois ans), Slovaquie (plus d'un an), Croatie (plus de deux ans). Le compte-titres ordinaire y suffit : il n'existe pas d'enveloppe à inventer, puisque le gain lui-même n'est pas imposé. Ces pays plafonnent au brut.
Une enveloppe rattrape l'impôt. Ici le compte-titres est taxé, mais un dispositif dédié efface ou reporte le prélèvement : l'ISA britannique et le TBSZ hongrois (exonération après durée) remontent jusqu'au plafond ; les comptes à report (Estonie, Lettonie, Norvège, Suède) et l'assurance-vie française neutralisent l'impôt des arbitrages internes ; le compte danois ASK ramène tout à un taux réduit. L'enveloppe vaut alors, ici, jusqu'à +1,4 point de net par an — c'est le sens des chiffres en gras.
Une friction annuelle grignote la valeur, pas le gain. Aux Pays-Bas, l'impôt de la Box 3 se paie sur la valeur détenue, que l'année ait monté ou baissé. En Norvège, en Suisse, au Liechtenstein, l'impôt sur la fortune frappe le patrimoine net chaque année — et l'enveloppe à report ne l'efface pas. En Suède, le forfait de l'ISK et, au Danemark, l'imposition au fil de l'eau (lager) prélèvent sur la valeur. Ces pays occupent le bas du tableau : la Norvège affiche le compte-titres le plus lourd d'Europe (1,93 %/an), et l'Irlande ferme la marche à 2,21 %/an, sa « disposition réputée » forçant une réalisation fiscale tous les huit ans, sans enveloppe pour y échapper.
4. L'enveloppe ne sert que si vous tournez
Un point d'honnêteté, souvent tu. Le gain d'une enveloppe à report — l'ASK, l'ISK, les comptes estonien ou letton — n'existe que pour un portefeuille qui s'arbitre. Un achat unique conservé sans jamais vendre reporte déjà l'impôt tout seul : dans ce cas, ces enveloppes n'apportent rien de plus que le compte-titres nu. C'est parce que le Talmud rééquilibre chaque année que leur avantage se voit. Seules les enveloppes d'exonération (ISA, TBSZ, régimes à durée de détention) avantagent aussi bien celui qui garde que celui qui tourne.
Corollaire utile : le classement des pays reste stable quel que soit le portefeuille de référence. Les pays qui exonèrent restent en tête, ceux qui taxent la fortune ou la valeur restent en bas ; seule l'ampleur du gain d'enveloppe bouge avec le taux de rotation.
5. Le levier qui marche partout : le domicile du fonds
Toutes les colonnes ci-dessus mesurent l'impôt prélevé au niveau de l'investisseur. Il existe un second étage, prélevé au niveau du fonds et invisible dans le tableau : la retenue à la source sur les dividendes américains. Un ETF domicilié en Irlande subit 15 % de retenue sur les dividendes des actions américaines, contre 30 % pour un fonds domicilié ailleurs — un écart d'environ 0,3 point de rendement par an sur une poche américaine, qui s'ajoute à la fiscalité du pays et la dépasse souvent en importance. Ce levier joue partout, quelle que soit votre enveloppe, la seule exception étant l'Irlande elle-même, où l'impôt frappe au niveau du résident et non du domicile du fonds. C'est pourquoi le taux de frais courants (TER), sur lequel se focalisent la plupart des comparateurs, est ici le mauvais indicateur : le domicile du fonds pèse plus lourd que quelques centièmes de frais.
- À performance brute égale, le pays d'imposition change le net réel de 2,3 points par an — un écart qui, composé sur vingt ans, se compte en dizaines de pour cent de capital final.
- Trois régimes : exonération des plus-values longues, enveloppe qui rattrape, friction annuelle sur la valeur ou la fortune.
- Une enveloppe à report ne vaut que pour un portefeuille qui s'arbitre ; l'exonération vaut dans tous les cas.
- Sous la fiscalité du pays se cache un second levier universel : le domicile du fonds, qui pèse plus que le TER.
Fiscalités vérifiées sur PwC Worldwide Tax Summaries (contrôle 2026-07-18) et l'étude interne Cap Nord des enveloppes par pays ; rendements calculés par le pipeline interne Cap Nord (réel net avec latent, USD-or, 2005+, même moteur figé que la page France). Retenue à la source américaine : traité fiscal États-Unis–Irlande (15 %). Illustration in-sample sur une stratégie de référence, pas une projection ni une performance future. Les régimes d'exonération dépendent souvent d'une durée de détention, indiquée dans la colonne « enveloppe optimale ». Vous êtes fiscalement résident d'un pays donné : cette carte décrit ce que chaque régime prélève, elle ne recommande ni un pays, ni une enveloppe, ni un placement. Descriptif, pas un conseil.